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Interview (Première partie). Bandaman Kouakou Maurice : « Arrêtons de fatiguer le Président » « Je suggère que chaque candidat à la candidature paie 100.000 FCFA »

Publié le: 29-08-2016 à: 14:47

Ecrivain confirmé, Bandaman Kouakou Maurice est aussi est homme politique de premier plan. Ancien maire de Taabo, il est actuellement député de cette ville. Depuis l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, celui pour qui il a pris fait et cause depuis plusieurs années, Maurice Bandaman occupe le portefeuille de ministre de la Culture et de la Francophonie. L’intellectuel qu’il est n’a pas voulu rester en marge du débat qui a cours en ce moment, sur la nouvelle constitution. Dans cette interview qu’il nous a accordée dans ses bureaux perchés au 22ème étage de la Tour A, Cité administrative, au Plateau, l’ancien professeur de lycée donne des exemples à l’appui, des raisons pour lesquelles, tout le peuple, selon lui, doit faire chorus autour de l’idée du président de la République. Tout en exhortant les partis membres du RHDP à aller au parti unifié, il invite le RDR, sa formation politique, à privilégier les primaires dans le choix de ses candidats pour les prochaines élections législatives. Entretien à bâtons rompus avec un homme politique qui ne mâche pas ses mots.

Le Patriote : Comme en 2000, le projet de réforme constitutionnelle initié par le chef de l’Etat est encore sujet à polémique. Pourquoi, selon vous, les Ivoiriens s’agitent-ils tant lorsqu’il est question de Constitution ?

Bandaman Kouakou Maurice : D’abord, je voudrais vous remercier de me donner l’occasion d’apporter ma contribution à la réflexion générale, de vous féliciter pour le travail que vous faites en tant que journal d’opinion et de combat, et pour la célébration de votre 5000e numéro. Je n’ai pas pu joindre ma voix à toutes les félicitations qui ont été exprimées, parce que j’étais contraint à d’autres obligations de calendrier. Le Patriote est un journal de combat, un journal de liberté. Il a travaillé, il continue de travailler à la réaffirmation de l’identité ivoirienne, la promotion des valeurs de démocratie, de justice, de citoyenneté. Nous nous honorons de compter parmi ces combattants des amis de longue date. Parce que nous avons épousé et continuons d’épouser les mêmes valeurs. Nous continuons à soutenir Le Patriote. Nous souhaitons qu’il puisse compter encore 5000 autres numéros, tout aussi flamboyants que le premier.

Cela dit, la Constitution pose polémique, suscite des interrogations, parce que c’est le texte boussole de toute nation. La Constitution oriente. Elle imprime un idéal de société, que chaque pays veut se donner. C’est pour cela que son adoption est soumise à référendum, parce que chaque individu y voit sa vie et son avenir engagés. Il est donc toujours bon qu’une Constitution soit soumise à discussion. Et que toutes les contributions, les réflexions, les suggestions quelles qu’elles soient, aussi alarmantes, pessimistes ou enthousiastes, soient écoutées, soient prises en compte. L’histoire dit que la Constitution des Etats-Unis d’Amérique a été préparée par des sages. Nous voyons bien que depuis des siècles, cette Constitution continue de maintenir un peuple dans la cohésion. Cette Constitution a permis aux Etats-Unis d’Amérique d’être la première puissance du monde. C’est dire que les valeurs qui sont secrétées par une Constitution sont porteuses de progrès ou de régression. Les valeurs portées par une Constitution sont porteuses de paix ou de guerre. Les valeurs portées par une constitution sont porteuses de démocratie ou de dictature. Nous avons hérité d’une Constitution, celle de 2000. Je suis à l’aise, pour dire qu’il faut mettre cette constitution dans les placards, parce que cette constitution de 2000, je l’ai combattue.

LP : Pourquoi ?

BKM : Mes écrits sont là pour témoigner de ce que j’avance. Quand j’entends nos éminences dire que le Président de la République n’est pas fondé à initier une nouvelle Constitution, je m‘interroge. Je ne suis pas constitutionnaliste. Mais, la constitution n’est pas uniquement une affaire de juristes. Les juristes apportent leur éclairage technique. Ils habillent techniquement le texte. Mais, ils n’ont pas le monopole de la Constitution. Les juristes ne sont donc pas fondés seuls à dicter leur volonté au peuple. Quand des juristes dénient au chef de l’Etat ses qualités, dénient à l’Etat actuel le droit d’initier une nouvelle Constitution, confinant l’initiative qu’à une révision, par rapport à celle de 2000, je me pose des questions. En 2000, souvenons-nous, on sortait d’un coup d’Etat militaire. Les institutions avaient été suspendues. La commission chargée de rédiger la Constitution de 2000 a été mise en place à partir d’une ordonnance prise par le chef de l’Etat, le général Robert Gueï. Peut-on dire qu’une ordonnance prise par un régime issu d’un coup d’Etat a plus de légitimité qu’un décret pris par un chef d’Etat élu de façon démocratique ? Une Constitution qui a une loi d’ablégation d’un parlement régulièrement élu a-t-elle moins de valeur que la Constitution de 2000 ? Entre la constitution de 2000, issue d’un coup d’Etat dont l’organe d’initiation a été pris par une ordonnance, et celle de cette année, laquelle est-elle plus légitime ?

La Commission consultative électorale de 2000 n’était pas une constituante. Les membres de cette commission n’étaient pas élus. C’étaient des gens choisis dans des conditions peu recommandables. Tout le monde se souvient de l’atmosphère qui y avait régné. On cherche à manipuler les Ivoiriens en oubliant que l’initiative actuelle a la caution d’un gouvernement légitime, un parlement élu. L’histoire n’est pas aussi loin que çà. Les écrits existent. Nous sommes témoins. Ils sont nombreux les témoins qui vivent encore.

LP : Pensez-vous, monsieur le ministre, que le projet est opportun aujourd’hui ? Pourquoi ne pas attendre 2020, plutôt que de le faire maintenant ?

BKM : Il faut le faire maintenant. D’abord, la Constitution de 2000 n’a que trop duré. C’est une Constitution qui a été préparée dans la violence, dans la haine, dans la division. Une Constitution confligène. Je l’ai dit, une Constitution secrète des valeurs. Ces valeurs de division, de haine, de violence ont émaillé toute la décennie de 2000 à 2010, parce que ces valeurs étaient secrétées dans la loi fondamentale. Déjà en 2003, Marcoussis avait recommandé que cette Constitution soit révisée. Elle n’a pas pu l’être parce que c’était la fille du régime en place. Le régime d’alors avait pour socle et pour fondement, cette Constitution de 2000. La réviser d’un iota, c’est à la limite soustraire sous ses fesses la chaise sur laquelle ce régime était assis. Ces changements auraient pu être opérés depuis 2011, 2012, mais le Président de la République, et il avait raison, avait des urgences de sécurité, de stabilité à établir, de santé, d’infrastructures. Quand on sait qu’une Constitution engage toujours des débats, il estimait qu’il fallait d’abord consolider l’unité nationale fragilisée, divisée. Il fallait avancer sur la cohésion sociale, sur les questions du dialogue national, sur les questions de la réconciliation. Ces priorités étaient plus urgentes que l’initiation d’une nouvelle Constitution. Aujourd’hui, le moment est venu. Il ne faut donc pas attendre 2020. 2020, ce sera trop tard. C’est le moment et le moment, c’est maintenant.

LP : Selon vous, cette nouvelle Constitution annoncée va-t-elle mettre fin à ce cycle de violence dont vous parliez tantôt ?

BKM : Oui. Cette Constitution, d’abord, elle est conduite par la sagesse. Le Président de la République a mis en place un comité d’experts. Ce comité d’experts s’ouvre à toutes les intelligences. Il rencontre toutes les couches sociales, les couches politiques. Il écoute, il entend. Il agit dans la discrétion. La méthode, nous la trouvons bonne. Elle est faite par des techniciens. Ils n’en font pas leur affaire exclusive, puisque ces experts en droit multiplient les rencontres. Tout ceci pour enrichir cette Constitution. C’est une Constitution qui, de notre point de vue, va être consensuelle. Une Constitution qui va prendre en compte les plus grosses attentes de la population. Cette Constitution va nous engager dans un processus plus durable de paix. Evidemment, les ambitions que la Côte d’Ivoire affiche sont les ambitions d’un grand pays. Les ambitions que la Côte d‘Ivoire affiche de figurer d’ici 2020, 2025 parmi les 30 pays du monde, lui imposent un socle. Et ce socle, c’est la Constitution qui est la mère des institutions. Le président Obama l’a dit au Ghana non loin de la Côte d’Ivoire, que l’Afrique n’a pas besoin de grands hommes. L’Afrique a besoin de bonnes institutions. Pourquoi est-il allé le dire au Ghana, ce pays qui a connu plus de turbulence que la Côte d’Ivoire ? C’est parce que le Ghana a eu pour héritage une Constitution et des institutions qui lui permettent d’être engagé dans un processus durable de paix, de stabilité et de croissance. Ce qui manque à la Côte d’Ivoire, ce ne sont pas des hommes intelligents, ce ne sont pas des hommes compétents, ce ne sont pas des ressources, mais ce sont des institutions stables, durables et qui s’imposent à tous. Voyez-vous, en Europe, certains pays ont passé des mois sans gouvernement, mais ces pays ont fonctionné parce que les institutions fonctionnent. Parce que les institutions ne se limitent pas à un gouvernement ou à un Président. Des pays ont marché sans gouvernement, c’est la preuve que les institutions sont stables. Le Président Alassane Ouattara est en train de préparer cela. Nous allons rentrer dans le corps du sujet avec un exécutif cohérent dans sa continuité. Parce que les investisseurs, qu’ils soient internationaux ou nationaux, ne doivent pas s’interroger pour savoir si demain il y aura un chef d’Etat là. La question ne doit pas être posée par rapport à une personne, mais l’institution qui doit être permanente et éternelle. C’est-à-dire que si le président Ouattara n’est pas là, l’institution continue. C’est à cela que monsieur Ouattara pense. Un exécutif avec un législatif à deux chambres, un parlement, un Sénat avec des institutions sociales comme le Conseil économique et social, la Chambre des Rois et chefs traditionnels. Tous les grands pays au monde ont des institutions qui se ressemblent. C’est le cas des Etats-Unis d’Amérique. En Afrique, les deux pays les plus développés que sont le Nigéria et l’Afrique du Sud fonctionnent sur le même modèle. La formule de la présidence et de la vice-présidence et les autres institutions ont permis au Nigéria de rentrer dans la stabilité. Le Ghana, qui a tiré la croissance de la sous-région ces dernières années, a également le même modèle. La nouvelle Constitution va être ce que la Constitution de la 5e République a été pour la France, c’est-à-dire une source de stabilité et de développement.

LP : Malheureusement, Monsieur le ministre, l’opposition dont le Front populaire ivoirien (FPI), semble ne pas comprendre votre message…

BKM : Ils ont raison. Ils ont leur fille qui est la Constitution de 2000. C’est leur bébé. On ne renie pas son bébé. C’est psychologique, c’est moral. C’est de bonne guerre. C’est leur fille, mais leur fille est mauvaise. Elle a fait trop de mal à la Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens, le moment venu, diront que cette fille est mauvaise. Dans le monde, on choisit par comparaison. La Constitution, qui arrive, n’est pas initiée de façon fictive. Il n’a pas dit que parce qu’il s’appelle Alassane Ouattara, « j’invente une Constitution pour l’imposer à mon pays ». Cette Constitution, qui est annoncée, s’inspire des plus grandes expériences dans le monde et qui ont réussi ailleurs. Nous n’allons pas réinventer l’eau chaude. Il faut prendre ce qui est bien dans les autres. Il faut voir dans le temps et dans l’espace. Il y a déjà eu une tentative de création d’un poste d’un vice-président en Côte d’Ivoire en octobre 1980, le président Houphouët-Boigny avait fait modifier la Constitution pour créer un poste de vice-président. Il a toujours rêvé d’un régime à l’américaine. Il rêvait de se retirer, comme Georges Washington, sur ses terres après avoir fait deux mandats. Il a été contrarié par toujours cette qualité ivoirienne, à savoir, les palabres. Qui va être le vice-président ? Si ce n’est pas moi, donc ce n’est pas bon. L’histoire du monde nous enseigne. Pourquoi les pays anglophones réussissent et non pas nous pays francophones? C’est parce que nous avons cette culture du jacobinisme. C’est-à-dire, l’Etat qui régente tout. Mais cette régence de l’Etat de tout n’est pas porteuse d’initiative privée, de développement et de stabilité. On ramène tout à soi, à un seul individu. Les régimes qui réussissent sont les régimes présidentiels avec un ticket de deux personnalités, un président et un vice-président. Nos amis du FPI et ceux de ces experts, qui crient sur l’initiative prise par le chef de l’Etat, n’ont qu’à se référer à l’histoire. La jurisprudence n’est pas que nationale, elle est aussi mondiale. Je voudrais nous inviter à revenir sur comment en France on est passé du système monarchique à la République. Il avait été demandé au peuple de choisir. Il y a eu plusieurs constituantes pour inviter les populations à choisir entre la monarchie et la République. Même quand le Roi était d’accord pour passer à la démocratie, il y en a qui ont dit non. C’est de là qu’est née l’expression « plus royaliste que le roi ». C’est-à-dire qu’il y avait des gens qui n’étaient pas d’accord qu’on mette fin à la monarchie. Ils souhaitaient toujours avoir la monarchie alors que le Roi était pour la démocratie. Mais à la constituante qui a voté pour la démocratie, une seule voix a fait la différence. Une constituante obscure a pu voter pour la démocratie. C’est dire que les grands changements ont fait souvent et toujours l’objet de grands débats. Ceux qui veulent maintenir le peuple dans le statu quo, dans l’immobilisme, font croire au peuple que c’est dans son intérêt de rester dans l’immobilisme. C’est souvent une minorité qui fait avancer les choses. Mais, dans le cas de la Côte d’Ivoire, nous serons majoritaires à montrer que le choix du Président est juste. Pour être total et complet afin qu’on passe à autre chose : la Constitution à venir est bonne avec un pouvoir dont la succession se fait au sein de l’exécutif. Pour ne pas avoir de confusion, l’exécutif doit exécuter, le législatif doit légiférer et la magistrature doit juger. Tous ces grands pouvoirs doivent être séparés.

LP : Les opposants à cette idée disent que le Président de la République va choisir de façon monarchiste son successeur ?

BKM : Là encore, il faut se référer à l’histoire et aux expériences d’ailleurs. Les Etats-Unis d’Amérique ont réglé la question. C’est pour cela que la Constitution américaine est une Constitution de sages. Nous avons une jurisprudence. Le président Richard Nixon s’est fait élire avec pour vice-président Spiro Agnew en 1971. En octobre 1973, le vice-président était accusé de fraude fiscale. Il a été contraint à la démission. Nixon n’a pas démissionné pour se représenter avec un autre vice-président. Il a choisi un vice-président non élu parce que la Constitution américaine permet au président, en cas de vacance du poste de son vice-président par décès ou par démission, de choisir un vice-président qui sera entériné par le Congrès. Gerald Ford a alors été choisi comme vice-président. Un an après, en août 1974, Richard Nixon lui-même a été accusé dans l’affaire du Watergate. Nixon démissionne. Et Gerald Ford, qui n’a pas été élu, passe Président de la République. Lui également choisi un vice-président qui s’appelle Nelson Rockefeller. L’histoire a montré que Gerald Ford a été un brillant président. Le Président de la République est donc fondé à choisir. Il peut choisir son vice-président parmi les citoyens qu’il juge dignes de lui succéder en cas de vacance. Il faut qu’on mette fin à ce débat. L’histoire est notre maîtresse, c’est elle qui nous enseigne. Quand on connait l’histoire, on se bagarre moins. Parce que l’avenir est ouvert. Le vice-président, il est limité dans le mandat du Président qui finit en 2020. L’histoire a montré aux Etats-Unis d’Amérique que la plupart des vice-présidents qui se sont présentés à l’élection présidentielle ont été battus. Ce n’est pas parce qu’il a été vice-président qu’il sera élu. La Présidence de la République comme l’a dit le Président De Gaulle, c’est la rencontre entre un homme et un peuple. Les Ivoiriens doivent regarder l’espérance qui s’offre à nous à travers cette Constitution et soutenir le chef de l’Etat, en sortant massivement pour la voter………………

Réalisée par Y. Sangaré et Thiery Latt

A suivre (SERCOM)



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Le Ministre
Maurice Kouakou Bandaman
Ministre de la Culture et de la Francophonie

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